BERNSTEIN (L.)


BERNSTEIN (L.)
BERNSTEIN (L.)

Leonard BERNSTEIN 1918-1990

Figure de légende de la musique américaine, Leonard Bernstein a marqué son époque à plus d’un titre. Lorsqu’il acquiert la renommée internationale en composant West Side Story (1957), quand il accède à la direction musicale de l’Orchestre philharmonique de New York (1958) ou anime des émissions de télévision (à partir de 1954), il a déjà une solide carrière derrière lui qui révèle la polyvalence de son talent: chef d’orchestre, compositeur, pianiste, pédagogue, écrivain, homme de télévision, «Lenny» fait éclater les barrières sans jamais donner l’impression de se disperser, car il reste parfaitement maître de lui dans chacune de ces disciplines. Il est aussi l’un des premiers à comprendre l’importance de la communication et des médias dans un domaine jusqu’alors réservé à une élite. Sa démarche reflète exactement les mentalités et les structures de la société américaine, qu’il a exportées dans le monde entier avec un infatigable enthousiasme, une ferveur qu’il communiquait aux orchestres et aux publics qu’il côtoyait. Les excès auxquels il se livrait si volontiers auraient fait sombrer tout autre dans le ridicule; mais pas lui, car il possédait un magnétisme envoûtant, un pouvoir de persuasion et une curiosité intarissable qui ne laissaient jamais indifférents ses interlocuteurs.

Né à Lawrence (Massachusetts) le 25 août 1918, dans une famille juive d’origine russe, il vient relativement tard à la musique et commence ses études de piano à Boston avec Helen Coates et Heinrich Gerhard tout en jouant dans un orchestre de jazz. En 1935, il entre à Harvard, où il travaille la théorie avec Tillman Merritt, le contrepoint et la fugue avec Walter Piston, et l’orchestration avec Edward Burlingame Hill.

À la même époque, il rencontre Aaron Copland, dont l’influence sera déterminante. Puis il est admis au Curtis Institute de Philadelphie (1939-1941), où il est l’élève d’lsabelle Vengerova (piano), de Randall Thompson (orchestration) et de Fritz Reiner (direction d’orchestre). Il travaille la composition avec Nadia Boulanger et fréquente le Berkshire Music Center de Tanglewood, où il suit les cours de Serge Koussevitzky (1940-1941). Celui-ci lui donne l’occasion de diriger ses premiers concerts à Boston en 1942 et, un an plus tard, il est engagé comme assistant d’Arthur Rodzinski à la Philharmonie de New York. Le 14 novembre 1943, il y fait ses débuts en remplaçant au pied levé Bruno Walter, malade. Sa carrière se développe très rapidement: il est nommé chef permanent du New York City Center Orchestra (1945-1948), donne des concerts en Europe (Prague, 1946), dirige la première américaine de Peter Grimes de Benjamin Britten (1946), devient conseiller musical de l’Orchestre philharmonique d’Israël (1947-1949), crée la Turangalîlà-Symphonie d’Olivier Messiaen (1949)... Il succède à Koussevitzky, à la mort de celui-ci, comme professeur de direction d’orchestre à Tanglewood (1951-1955) et donne aussi des cours à l’université de Brandeis (1951-1956). Entre 1954 et 1962, les émissions de télévision qu’il anime sur le programme Omnibus ont un impact pédagogique étonnant et serviront de base à deux de ses livres (The Joy of Music , 1959, et The Infinite Variety of Music , 1966). Il est le premier chef d’orchestre américain invité à la Scala de Milan (Médée de Cherubini, avec Maria Callas, 1953). Après une saison pendant laquelle il dirige les concerts de l’Orchestre philharmonique de New York en alternance avec Dimitri Mitropoulos, il accède au poste de directeur musical de cet orchestre (1958-1969). Là encore, il est le premier Américain de naissance à connaître une telle distinction. Il débute au Metropolitan Opera de New York en 1964 et à 1’Opéra de Vienne en 1966 avec Falstaff de Verdi; mais l’essentiel de sa carrière se déroule au concert.

En 1969, il abandonne la direction de l’Orchestre philharmonique de New York, dont il est nommé laureate conductor à vie, pour se consacrer à la composition et à une carrière de chef invité dans le monde entier. Il noue ainsi des liens très étroits avec l’Orchestre philharmonique de Vienne (avec lequel il enregistre notamment sa deuxième intégrale des symphonies de Beethoven), l’Orchestre philharmonique d’Israël, l’Orchestre national de France, l’Orchestre symphonique de Londres (dont il devient président à la mort de Karl Böhm) et celui du Concertgebouw d’Amsterdam. Il donne des cours à Harvard (1972-1973) qui donneront naissance à un autre livre, Question without Answer (1976); il enseigne également à l’Institut de technologie du Massachusetts (1974), au Conservatoire américain de Fontainebleau...

L’homme est un infatigable défenseur des libertés individuelles: il n’hésite pas à donner des concerts en faveur des Black Panthers ou à composer une «ouverture politique», en hommage à Mstislav Rostropovitch, lorsque celui-ci est déchu de la citoyenneté soviétique (Slava , 1977); à peine plus d’un mois après la chute du Mur de Berlin, il y dirige la Neuvième Symphonie de Beethoven le 25 décembre 1989, réunissant pour l’occasion des instrumentistes et chanteurs des deux Allemagnes et des puissances occupantes.

Excellent pianiste, il aime à se produire en dirigeant du clavier (concertos de Mozart, Ravel et Chostakovitch, Rhapsody in Blue de Gershwin). Mais il se révèle aussi un accompagnateur de mélodies attentif, partenaire de Jennie Tourel, de Christa Ludwig ou de Dietrich Fischer- Dieskau.

Le compositeur est aussi éclectique que l’interprète: il refuse d’adhérer à la moindre école et s’illustre dans des genres aussi différents que la musique de films, la comédie musicale, la mélodie ou les grandes formes classiques. Sa première œuvre importante, la Sonate pour clarinette et piano (1942), fait partie du répertoire de base de l’instrument. Ses trois symphonies révèlent ses sources d’inspiration: la première, sous-titrée «Jeremiah» (1942), obtient un prix de la critique new-yorkaise en 1944; la deuxième, pour piano et orchestre, «L’Âge de l’anxiété» (1949, rév. 1965), brosse un panorama d’ensemble des moyens d’expression musicaux alors en vigueur; la troisième, «Kaddish» (1963, rév. 1977), hommage à 1’Orchestre philharmonique d’Israël, puise ses sources dans les textes de la religion hébraïque. Le Banquet de Platon lui inspire la Sérénade pour violon, cordes et percussion qu’il dédie à Isaac Stern (1954). Sa musique religieuse révèle un homme préoccupé d’œcuménisme et de mysticisme mais qui ne renonce jamais à un sens théâtral inné, jugé parfois blasphématoire: Chichester Psalms (1965), Messe (pour l’inauguration du John F. Kennedy Center for the Performing Arts de Washington, 1971), dont il tire les Three Meditations pour violoncelle et orchestre (1977) à l’intention de Mstislav Rostropovitch. Pour la scène, il écrit un ballet sur une chorégraphie de Jerome Robbins, Fancy Free (1944), dont découle sa première comédie musicale, On the Town (Broadway, 1944). Toujours dans le domaine de la comédie musicale, il compose Wonderful Town (1953), Candide , d’après le conte de Voltaire (1956) – dont 1’ouverture a fait le tour du monde et qu’il remanie sous forme d’opéra en 1973 –, et West Side Story (1957).

À l’opéra, il donne Trouble in Tahiti (1951) et A Quiet Place (1983-1984). Il a également écrit plusieurs ballets (Facsimile , 1946; Dybbuk , 1974) et musiques de films (On the Waterfront , 1954).

De ses mélodies, on retiendra La Bonne Cuisine , sur des recettes d’Émile Dutoit (1947), 2 Love Songs , sur des poèmes de Rainer Maria Rilke (1949), et Songfest (1977) pour six chanteurs et orchestre. Son langage, qui emprunte au jazz, aux songs , à la musique religieuse comme à la musique populaire, à Stravinski comme à Richard Strauss, lui a permis de toucher le plus vaste public.

Le chef d’orchestre possédait un répertoire d’une richesse et d’un éclectisme étonnants. Il a tout abordé, à l’exception du dodécaphonisme. Mais c’est probablement dans la musique de Gustav Mahler que son imagination et son sens de la fantaisie sans cesse renouvelés ont trouvé leur meilleure application: «Quand j’étudie l’une de ses partitions, j’ai l’impression de l’avoir écrite moi-même.» On retrouvait une compréhension analogue face à celles de Stravinski. Bernstein était aussi un grand défenseur de la musique contemporaine, succédant dans cette voie à son maître Koussevitzky: il a créé des œuvres de Samuel Barber, Elliott Carter, Carlos Chávez, Rodion Chtchedrine, Aaron Copland, Alberto Ginastera, Hans Werner Henze, Olivier Messiaen, Francis Poulenc, William Schuman... Pour le bicentenaire des États-Unis (1976), il a dirigé dans les grandes capitales européennes une série de concerts consacrés à la musique américaine, à la tête de l’Orchestre philharmonique de New York. On lui doit aussi la redécouverte de la musique de Charles Ives, dont il révéla la Symphonie no 2 en 1951. La Scala de Milan, l’Opéra de Houston et le Kennedy Center de Washington lui avaient passé commande d’un nouvel ouvrage lyrique qu’il n’a pu mener à bien.

Il meurt à New York le 14 octobre 1990.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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